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Le disque compact en tant que mythe par J.D. Michalak

Le disque compact en tant que mythe
par J.D. Michalak
From Vol. 3 No. 1, 2004

Le disque compact est un objet qui, comme nombre de nouveautés technologiques du XXe siècle, a fait son entrée rapidement dans des millions de foyers sans être fortement remis en question. On a presque immédiatement pris pour acquis sa supériorité, on l’a intégré très facilement dans notre mode de vie, ne serait-ce qu’au nom de ce qu’il était plus pratique que les moyens précédents. Certes, il est pratique, et sa qualité sonore est bien supérieure à celle des cassettes, très populaires au cours des années 80 (elles-mêmes un summum dans le domaine des objets pratiques de qualité moindre). Mais puisqu’un bon nombre de raisons nous permet de penser que son potentiel en qualité sonore reste inférieur à celui du disque vinyle, produit lui-même déjà bien intégré à l’époque, il importe de voir en quoi il a été si facile de croire à ce que sa qualité était supérieure. Pourquoi changer de technologie toutes les décennies, plutôt que de favoriser des standards et les améliorer, en évitant d’imposer les changements aux consommateurs? Il semblerait à cet effet que le disque compact, objet banal s’il en faut, est foncièrement mythifié : que son apparence comprend un métalangage qui dit la clarté, la pureté, mais une clarté qui n’est pas nécessairement présente à priori.
Il est plusieurs arguments, autant techniques que subjectifs, prônant la supériorité de la qualité sonore du disque vinyle par rapport à celle du disque compact. Par exemple, on sait que si la qualité de son du disque compact est relativement bonne pour l’oreille moyenne, sa fréquence d’échantillonnage et sa résolution en bits (44.1 KHz, 16 bits) demeure inférieure à celle de certains appareils d’enregistrement numérique utilisés en studio (par ex. : 96 KHz, 24 bits, ou plus). Le procédé d’impression des vinyles permet de conserver cette courbe de son : le son d’un vinyle produit à partir d’une matrice enregistrée à 24 bits possédera cette même résolution. Et c’est sans parler d’enregistrements strictement analogiques (enregistrement sur bande magnétique puis impression sur vinyle), qui pour plusieurs représente un absolu en matière de son. Le CD quant à lui, normalise à la baisse, et n’ajoute rien non plus à un son d’origine d’une qualité inférieure à son potentiel.
Certes, le CD est plus pratique. Il l’a été d’autant plus pour les compagnies de disques qu’il a réduit de façon majeure les coûts reliés à la fabrication, au transport et à la manutention, tout en se vendant à un prix plus élevé que les disques vinyles lors de sa mise en marché. Il a favorisé d’autre part le rachat de disques par de nombreux mélomanes déjà en possession des mêmes titres en format vinyle, et ce, pour tout un catalogue musical dont, entre autres, Sony détenait maintenant les droits grâce à l’achat de CBS. Il est à considérer également le profit engendré par la vente de tout disque compact versé à Sony/Philips, pour les droits de licence sur l’invention, ainsi que le profit fait sur un bon pourcentage d’appareils de lecture. Le but n’est toutefois pas ici de donner dans la théorie de la conspiration, et nous pourrions donc en toute bonne volonté supposer que le CD apporte également certains avantages d’ordre pratique à l’auditeur. Malgré cela, ces aspects pratiques du CD peuvent inciter à une écoute elle aussi plus pratique, et donc, d’une certaine façon, d’une qualité moindre. S’il est désagréable selon certains de tourner un vinyle pour en poursuivre l’écoute, cette méthode assure toutefois une écoute active, plutôt qu’une écoute de fond, oubliée, et favorise un certain type de rapport à la musique qui s’est perdu avec le CD. Mais nous ne faisons ici qu’effleurer quelques arguments possibles : au-delà de ces débats déjà amplement développés ailleurs, l’objet de ce texte se voudrait plutôt l’analyse sous un angle moins technique de ce médium qu’est le disque compact ; c’est plutôt ici sa forme que nous aborderons, et ce qu’elle a de mythifiant. Voyons donc comment ce langage plastique (car il s’agit de son apparence matérielle) opère.

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